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Dezooms7 min

Huit notions de base, appliquées à mon patrimoine

1. L’inflation fixe la référence

Garder son argent, c’est déjà le perdre un peu. À 2 % d’inflation par an, la cible de la Banque centrale européenne, le pouvoir d’achat d’un euro est divisé par deux en 35 ans.

Le Livret A rapporte 1,7 % depuis le 1er août 2026, pour une inflation autour de 2 % (Meilleurtaux). Son rendement réel est donc légèrement négatif. Il garde sa place pour l’épargne de précaution, pas pour faire grossir un patrimoine.

La conséquence pratique : tout objectif à long terme se compte en euros d’aujourd’hui, et tout rendement après inflation. C’est pour cela que j’ai refait les trois paliers d’un investisseur avec un rendement réel plutôt qu’avec les 8 % habituels.

2. La performance se mesure après inflation

Sur longue période, les actions mondiales ont rapporté 5,2 % par an après inflation, de 1900 à 2024, avant frais et impôts (Global Investment Returns Yearbook 2025). Les obligations ont fait nettement moins.

Une moyenne historique décrit le comportement d’un actif. Elle ne promet rien sur les trente prochaines années, et elle cache le chemin : on vit les années une par une, pas la moyenne.

3. Les intérêts composés font le travail, lentement

Un capital placé à 5,2 % réel double en 14 ans environ : c’est la règle de 72, 72 divisé par le rendement en pourcentage. Au début, les gains paraissent dérisoires. Ils deviennent visibles quand le capital est déjà important.

Ce délai a une conséquence peu connue : c’est aussi le temps qu’il faut pour que les gains annuels de ton capital égalent ton épargne annuelle, quel que soit le montant épargné. Je l’ai détaillé dans Les trois paliers d’un investisseur.

4. La volatilité est le prix de la performance

Les actions rapportent le plus, au prix des plus fortes baisses : le MSCI World a perdu plus de la moitié de sa valeur entre fin 2007 et début 2009 (historique du MSCI World). Sur une journée ou un mois, l’investisseur particulier joue contre des professionnels mieux équipés que lui. Sur vingt ans, il profite de la croissance de l’économie sans avoir à battre personne.

Mon PEA, ouvert en 2018 et alimenté chaque mois depuis, est investi de façon volontairement agressive. Je considère les actions comme la meilleure classe d’actifs sur longue durée, et je suis à l’aise avec leur volatilité. C’est l’horizon qui rend ce choix possible : je ne compte pas sur cet argent à court terme.

5. La liquidité, ou ce qu’on peut vraiment mobiliser

La liquidité, c’est le temps nécessaire pour transformer un placement en argent disponible. Un ETF se vend en quelques secondes. Un bien immobilier demande des mois, et se vend en bloc. Un fonds en euros se rachète en quelques jours ou semaines, mais la loi Sapin 2 permet de bloquer temporairement les retraits en cas de crise (Boursorama). Les parts de SCPI peuvent rester des mois sans acheteur quand tout le monde veut vendre, comme en 2023.

J’ai classé mon propre patrimoine selon ce critère, au 1er novembre 2026.

Poche Montant Délai Coût pour l’avoir en poche
Comptes courants, livrets, précaution 25 000 € immédiat aucun
Placements financiers 133 000 € quelques jours, sauf épargne salariale et retraite bloquées impôt sur les gains, selon l’enveloppe
Placements exotiques 32 000 € variable impôt sur les plus-values
Immobilier, net des emprunts 93 000 € plusieurs mois, en bloc frais de vente
Trésorerie de ma société 113 000 € immédiat pour la société 31,4 % pour la sortir en dividendes
Placements de ma société 52 000 € de quelques semaines à plusieurs années idem, une fois revendus
Mon patrimoine, par délai pour en disposer
  • Comptes courants, livrets, précaution25 000 €
  • Placements financiers133 000 €
  • Placements exotiques32 000 €
  • Immobilier, net des emprunts93 000 €
  • Trésorerie de ma société113 000 €
  • Placements de ma société52 000 €

Deux constats. D’abord, ce dont je peux disposer tout de suite, sans frottement, ne représente que 6 % de mon patrimoine. C’est volontaire : c’est mon épargne de précaution, le reste travaille.

Ensuite, la poche la plus liquide sur le papier n’est pas la plus disponible pour moi. La trésorerie de ma société, 113 000 €, est mobilisable en un virement, mais pour elle. Pour la faire passer sur mon compte personnel, il faut la distribuer et payer le prélèvement forfaitaire, ou me la verser en rémunération avec ses cotisations. La liquidité a aussi une dimension fiscale, que les présentations habituelles oublient. C’est tout l’enjeu de ma réflexion sur le statut de ma société.

6. Le levier multiplie dans les deux sens

Acheter un bien de 200 000 € avec 20 000 € d’apport, c’est investir dix fois sa mise. Si le bien prend 5 %, le gain de 10 000 € représente 50 % de l’apport. S’il perd 10 %, l’apport est entièrement perdu. Les produits à fort levier en bourse (CFD, turbos) poussent la logique jusqu’à l’absurde : avec un levier de 50, une variation de 2 % contre soi efface la mise.

Mes seules dettes sont des emprunts immobiliers, environ 97 000 € au 1er novembre 2026. Le graphique de la page d’accueil les montre avec l’option « Afficher les dettes ».

L’immobilier en direct m’a aussi appris que le rendement ne dit pas tout. J’ai fait du locatif meublé de 2019 à 2025 : l’opération a été rentable, mais trop prenante pour moi. Je l’ai revendue ; mon immobilier de placement passe désormais par des SCPI, sans la gestion.

7. Le coût d’opportunité ne se voit pas

Chaque euro dépensé ou laissé dormir est un euro qui ne compose pas. 10 € par mois pendant 30 ans, c’est 3 600 € dépensés. Placés à 5,2 % réel, ils vaudraient environ 8 000 € d’aujourd’hui.

Ce n’est pas un argument pour ne rien dépenser : c’est le prix à mettre en face de chaque dépense. Je l’ai détaillé dans Argent brûlé, argent déplacé, et l’outil Coût réel d’un achat fait le calcul.

8. Une stratégie, c’est un arbitrage

Performance, risque, liquidité : on ne peut pas maximiser les trois à la fois. Une stratégie consiste à choisir ce qu’on sacrifie, en fonction de son horizon, de ses projets et de sa tolérance aux baisses. Il n’y a pas de meilleure stratégie en général, seulement celle qui tient dans sa propre situation.