Aller au contenu
Dezoom

Dezooms4 min

Rater les 10 meilleurs jours de bourse

Une séance à +5 %, un jour de mars, au milieu d’une période où tout le monde vend. Si tu étais sorti du marché la semaine précédente, tu ne l’as pas vécue. Sur une année, ce n’est qu’un jour.

Le mécanisme

La performance de la bourse ne se répartit pas régulièrement. Une poignée de séances exceptionnelles fait une part considérable du résultat d’une décennie. En 20 ans, il y a environ 5 000 séances : les 10 meilleures en représentent 0,2 %.

Premier dézoom : une séance

Un jour à +5 % sur un portefeuille de 10 000 €, c’est 500 €. Le rater coûte ces 500 €, plus tout ce qu’ils auraient rapporté ensuite.

Le grand dézoom : 20 ans

Les chiffres les plus récents portent sur le principal fonds indiciel du S&P 500 américain, dividendes réinvestis, sur 20 ans depuis octobre 2006 (The Motley Fool, via Webull).

Scénario Capital final Rendement annuel
Investi en continu 82 300 $ 11,1 %
Sans les 10 meilleurs jours 35 700 $ 6,6 %
Sans les 20 meilleurs jours 21 500 $ 3,9 %
Sans les 40 meilleurs jours 9 900 $ -0,1 %
10 000 $ investis 20 ans dans le S&P 500
020 k40 k60 k80 k100 kan 05101520Investi en continu82 300 $Sans les 10 meilleurs jours35 700 $écart−46 600 $
Voir les données
anInvesti en continuSans les 10 meilleurs jours
010 000 $10 000 $
111 111 $10 657 $
212 346 $11 357 $
313 719 $12 103 $
415 243 $12 898 $
516 938 $13 746 $
618 820 $14 649 $
720 912 $15 611 $
823 236 $16 637 $
925 818 $17 730 $
1028 688 $18 894 $
1131 876 $20 136 $
1235 419 $21 459 $
1339 356 $22 868 $
1443 730 $24 371 $
1548 590 $25 972 $
1653 991 $27 678 $
1759 992 $29 496 $
1866 659 $31 434 $
1974 068 $33 499 $
2082 300 $35 700 $

Trajectoires lissées à rendement constant, à partir des capitaux finaux publiés (The Motley Fool, données SPY, dividendes réinvestis).

Rater 10 séances sur 5 000 divise le capital final par plus de deux. Rater les 40 meilleures ramène le résultat sous la mise de départ. Jusque-là, c’est l’argument habituel : reste investi.

Ce que l’argument oublie

Les meilleurs jours ne tombent pas au hasard. Ils arrivent presque tous au milieu des pires périodes :

  • 7 des 10 meilleures séances de ces 20 ans se situent à moins de deux semaines de l’une des 10 pires (The Motley Fool) ;
  • sur 30 ans, les 10 meilleures séances du S&P 500 ont toutes eu lieu pendant une récession. Entre le 9 et le 18 mars 2020, en huit séances, on compte 3 des 30 meilleures et 5 des 30 pires (Wells Fargo Investment Institute).

Le scénario « je rate les 10 meilleurs jours mais je vis tous les pires » est donc un cas extrême. Quelqu’un qui aurait été hors du marché ces semaines-là aurait aussi évité une partie des pires séances. Wells Fargo note d’ailleurs qu’éviter à la fois les meilleurs et les pires jours aurait donné un rendement un peu supérieur à celui de l’investisseur resté en place, hors frais et impôts.

La vraie leçon est ailleurs. Le danger n’est pas d’être absent des jours au hasard, c’est le comportement le plus courant en crise : vendre après la chute, puis attendre que « ça se calme » pour revenir. Cet investisseur encaisse les pires jours, puisqu’il vend après, et rate les meilleurs, qui arrivent juste après. C’est exactement le scénario du tableau.

En France, ce comportement coûte en plus de l’impôt : une vente dans un compte-titres déclenche la flat tax sur la plus-value, et un retrait d’un PEA de moins de cinq ans le clôture.