Rater les 10 meilleurs jours de bourse
Une séance à +5 %, un jour de mars, au milieu d’une période où tout le monde vend. Si tu étais sorti du marché la semaine précédente, tu ne l’as pas vécue. Sur une année, ce n’est qu’un jour.
Le mécanisme
La performance de la bourse ne se répartit pas régulièrement. Une poignée de séances exceptionnelles fait une part considérable du résultat d’une décennie. En 20 ans, il y a environ 5 000 séances : les 10 meilleures en représentent 0,2 %.
Premier dézoom : une séance
Un jour à +5 % sur un portefeuille de 10 000 €, c’est 500 €. Le rater coûte ces 500 €, plus tout ce qu’ils auraient rapporté ensuite.
Le grand dézoom : 20 ans
Les chiffres les plus récents portent sur le principal fonds indiciel du S&P 500 américain, dividendes réinvestis, sur 20 ans depuis octobre 2006 (The Motley Fool, via Webull).
| Scénario | Capital final | Rendement annuel |
|---|---|---|
| Investi en continu | 82 300 $ | 11,1 % |
| Sans les 10 meilleurs jours | 35 700 $ | 6,6 % |
| Sans les 20 meilleurs jours | 21 500 $ | 3,9 % |
| Sans les 40 meilleurs jours | 9 900 $ | -0,1 % |
Voir les données
| an | Investi en continu | Sans les 10 meilleurs jours |
|---|---|---|
| 0 | 10 000 $ | 10 000 $ |
| 1 | 11 111 $ | 10 657 $ |
| 2 | 12 346 $ | 11 357 $ |
| 3 | 13 719 $ | 12 103 $ |
| 4 | 15 243 $ | 12 898 $ |
| 5 | 16 938 $ | 13 746 $ |
| 6 | 18 820 $ | 14 649 $ |
| 7 | 20 912 $ | 15 611 $ |
| 8 | 23 236 $ | 16 637 $ |
| 9 | 25 818 $ | 17 730 $ |
| 10 | 28 688 $ | 18 894 $ |
| 11 | 31 876 $ | 20 136 $ |
| 12 | 35 419 $ | 21 459 $ |
| 13 | 39 356 $ | 22 868 $ |
| 14 | 43 730 $ | 24 371 $ |
| 15 | 48 590 $ | 25 972 $ |
| 16 | 53 991 $ | 27 678 $ |
| 17 | 59 992 $ | 29 496 $ |
| 18 | 66 659 $ | 31 434 $ |
| 19 | 74 068 $ | 33 499 $ |
| 20 | 82 300 $ | 35 700 $ |
Trajectoires lissées à rendement constant, à partir des capitaux finaux publiés (The Motley Fool, données SPY, dividendes réinvestis).
Rater 10 séances sur 5 000 divise le capital final par plus de deux. Rater les 40 meilleures ramène le résultat sous la mise de départ. Jusque-là, c’est l’argument habituel : reste investi.
Ce que l’argument oublie
Les meilleurs jours ne tombent pas au hasard. Ils arrivent presque tous au milieu des pires périodes :
- 7 des 10 meilleures séances de ces 20 ans se situent à moins de deux semaines de l’une des 10 pires (The Motley Fool) ;
- sur 30 ans, les 10 meilleures séances du S&P 500 ont toutes eu lieu pendant une récession. Entre le 9 et le 18 mars 2020, en huit séances, on compte 3 des 30 meilleures et 5 des 30 pires (Wells Fargo Investment Institute).
Le scénario « je rate les 10 meilleurs jours mais je vis tous les pires » est donc un cas extrême. Quelqu’un qui aurait été hors du marché ces semaines-là aurait aussi évité une partie des pires séances. Wells Fargo note d’ailleurs qu’éviter à la fois les meilleurs et les pires jours aurait donné un rendement un peu supérieur à celui de l’investisseur resté en place, hors frais et impôts.
La vraie leçon est ailleurs. Le danger n’est pas d’être absent des jours au hasard, c’est le comportement le plus courant en crise : vendre après la chute, puis attendre que « ça se calme » pour revenir. Cet investisseur encaisse les pires jours, puisqu’il vend après, et rate les meilleurs, qui arrivent juste après. C’est exactement le scénario du tableau.
En France, ce comportement coûte en plus de l’impôt : une vente dans un compte-titres déclenche la flat tax sur la plus-value, et un retrait d’un PEA de moins de cinq ans le clôture.