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SASU ou EURL : pourquoi je pense changer de statut

Ma stratégie : capitaliser dans la société

Je n’ai pas besoin de rémunération pour vivre. Mon épargne personnelle suffit, et je n’ai pas de projet qui demande une somme importante dans les deux prochaines années. Les bénéfices restent donc dans la société, qui les place : compte à terme, private equity, et désormais une participation dans une SCI. C’est ce qui explique qu’un tiers de mon patrimoine y soit logé (Point de départ).

En SASU, ne rien se verser ne coûte rien en cotisations. Le président ne cotise que sur ce qu’il perçoit : pas de salaire, pas de cotisations. Tant que je percevais l’allocation chômage, c’était la situation idéale. Mes droits ont pris fin en août 2026.

Sans revenu, je ne valide plus de trimestres de retraite, et ma couverture sociale se limite à l’assurance maladie de base. C’est ce qui relance la question.

Ce que je cherche

Trois choses, dans cet ordre :

  1. valider mes trimestres de retraite et avoir une couverture sociale ;
  2. me verser une rémunération sans dividendes, calée sur ma fiscalité plutôt que sur un montant fixe ;
  3. sortir à terme l’argent de la société en payant le moins possible de cotisations et d’impôts.

Les deux premiers points concernent les années où je travaille. Le troisième concerne la suite, quand j’aurai arrêté le freelance et que la société sera devenue ma holding patrimoniale.

Valider des trimestres : l’EURL est imbattable

En 2026, un trimestre de retraite de base demande 1 803 € de revenu cotisé, et quatre trimestres 7 212 €, soit 600 fois le SMIC horaire du 1er janvier (MeilleureSCPI).

En SASU, il faut donc un salaire brut de 7 212 € par an. Pour un président, les cotisations représentent environ 64 à 67 % du brut, sans réduction générale puisqu’il ne cotise pas au chômage (Hayot Expertise). Valider quatre trimestres coûte à la société un peu plus de 10 000 € par an, pour environ 6 000 € nets.

En EURL, le gérant majoritaire est travailleur non salarié. Même sans aucune rémunération, il doit des cotisations minimales, environ 1 400 € en 2026 (Le Coin des Entrepreneurs). Elles valident déjà trois trimestres : depuis 2023, l’assiette minimale de la retraite de base est de 450 fois le SMIC horaire (Previssima). Une petite rémunération suffit pour le quatrième.

Trois trimestres pour environ 1 400 € d’un côté, quatre pour plus de 10 000 € de l’autre. Pour le seul objectif des trimestres, l’écart est considérable.

Combien me verser : remplir la tranche à 11 %

J’avais d’abord en tête un SMIC. Le bon repère me semble plutôt fiscal : me verser juste de quoi remplir la tranche à 11 % de l’impôt sur le revenu, et laisser le reste dans la société.

Pour les revenus 2025, le barème est à 0 % jusqu’à 11 600 € par part, puis à 11 % jusqu’à 29 579 € (Weblex). Une rémunération de gérant bénéficie, comme un salaire, de l’abattement de 10 % pour frais professionnels. Pour une part, la tranche à 11 % est donc remplie avec environ 33 000 € de rémunération imposable. Mon foyer compte deux parts : la limite double, mais elle se partage avec les autres revenus du foyer. Le montant exact se recalcule chaque année.

Pourquoi s’arrêter là ? Parce que c’est jusqu’à ce point que le salaire bat les autres façons de sortir l’argent. Pour 100 € de bénéfice avant impôt sur les sociétés, voici ce qui m’arrive après tous les prélèvements :

Pour 100 € de bénéfice Ce qui me reste
Salaire d’EURL, dans la tranche à 11 % environ 62 €
Dividende de SASU (IS à 15 %, puis 31,4 %) environ 58 €
Salaire d’EURL, dans la tranche à 30 % environ 50 €
Salaire de SASU, dans la tranche à 11 % environ 49 €
Laissé dans la société (IS à 15 %) 85 €, mais pas disponible
Ce qui me reste sur 100 € de bénéfice, selon la façon de le sortir
  • Salaire d’EURL, dans la tranche à 11 %62 €
  • Dividende de SASU (IS à 15 %, puis 31,4 %)58 €
  • Salaire d’EURL, dans la tranche à 30 %50 €
  • Salaire de SASU, dans la tranche à 11 %49 €
  • Laissé dans la société (IS à 15 %)85 €

Hypothèses : cotisations de gérant d’environ 45 % de la rémunération nette (Hayot Expertise), de président d’environ 83 % du net (Hayot Expertise), bénéfice sous le seuil de 42 500 € du taux réduit d’IS (Hayot Expertise). Ce sont des ordres de grandeur.

Trois enseignements :

  • Dans la tranche à 11 %, le salaire d’EURL fait mieux qu’un dividende de SASU, et ses cotisations achètent en plus des droits : trimestres, retraite complémentaire, indemnités journalières.
  • Au-delà, il passe sous le dividende. Chaque euro de plus est mieux dans la société, imposé à 15 %, en attendant d’être sorti plus tard. C’est ma stratégie actuelle.
  • En SASU, le salaire ne bat jamais le dividende, même à 11 %. C’est ce qui rend la SASU sans salaire si courante, et ce qui la rend coûteuse dès qu’on veut cotiser.

Si le bénéfice dépasse 42 500 €, la part au-delà est taxée à 25 % : un euro de salaire déductible économise alors davantage d’impôt, et l’avantage de la rémunération grandit.

Le revers : les dividendes

En SASU, les dividendes ne supportent que le prélèvement forfaitaire unique, 31,4 % en 2026, sans cotisations sociales.

En EURL, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital, des primes d’émission et des comptes courants d’associé supporte les cotisations des indépendants, environ 45 %, en plus de l’impôt (Hayot Expertise). Avec un capital modeste, la quasi-totalité d’un dividende y passe.

Tant que je travaille, cela ne me gêne pas : je ne prévois aucun dividende. C’est la phase suivante qui pose question.

Le vrai sujet : la société devenue holding

À terme, j’arrêterai le freelance. La société n’aura plus d’activité opérationnelle. Elle gérera ses placements et sa participation dans la SCI, et devra me verser une partie de ma rente.

Dans une EURL, cette rente sortirait :

  • soit en rémunération de gérant, avec les cotisations des indépendants ;
  • soit en dividendes, cotisés au-delà du seuil de 10 %.

Dans une SASU, elle sortirait en dividendes, au seul prélèvement forfaitaire unique. Pour une rente tirée de la société, la SASU redevient la forme la plus efficace.

Le choix n’est donc pas « SASU ou EURL », mais « quelle forme pour quelle phase ». La transformation d’une société ne crée pas de nouvelle personne morale : c’est la même société, avec les mêmes placements. Passer de SASU à EURL est une formalité de quelques centaines d’euros (annonce légale, greffe) ; il faut en revanche veiller à conserver l’impôt sur les sociétés, l’EURL d’une personne physique relevant par défaut de l’impôt sur le revenu. Revenir en société par actions demande en plus un commissaire à la transformation (LegalPlace). Rien d’irréversible, donc, mais pas gratuit non plus.

Ce que je n’ai pas encore chiffré

  • Le statut d’un gérant d’EURL dont la société n’a plus d’activité opérationnelle : les cotisations minimales restent-elles dues, et à quel titre ?
  • Le niveau de capital et de comptes courants, qui fixe le seuil des 10 %.
  • L’impact de la réforme de l’assiette sociale des indépendants, appliquée aux revenus 2025 (impots.gouv.fr), sur le coût exact de ma rémunération.

Ce sont les questions que je poserai à mon expert-comptable, après le premier bilan.