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Dezooms7 min

Semi-rentier : ce que la règle des 4 % ne dit pas

Semi-rentier : vivre en partie de son capital

On n’est pas obligé d’attendre de pouvoir vivre entièrement de son patrimoine. Être semi-rentier, c’est en tirer une part de ses revenus : 20 % qui paient les courses, 50 % qui couvrent le logement et l’essentiel. À partir de là, le travail devient un complément, et le rapport de force change.

Pour savoir combien on peut retirer, la référence est la règle des 4 %.

La règle des 4 %, telle qu’elle est

Elle vient de l’étude dite Trinity (1998) : sur les données américaines, un portefeuille moitié actions, moitié obligations, dont on retire 4 % la première année puis le même montant revalorisé de l’inflation, a tenu 30 ans dans environ 95 % des périodes testées (Trinity study).

Avec 600 000 €, cela donne 24 000 € la première année, soit 2 000 € par mois avant impôt. L’année suivante, on ne recalcule pas 4 % du portefeuille : on reprend le même montant, ajusté de l’inflation, que la bourse ait monté ou baissé.

Ses limites sont connues. Elle porte sur 30 ans. Elle repose sur la bourse américaine, l’une des meilleures du siècle. Et 95 % n’est pas 100 %. Morningstar, qui refait le calcul chaque année avec des hypothèses de rendement futur, retenait 3,9 % pour 30 ans fin 2025 (ThinkAdvisor). Sur 50 à 60 ans, les études retombent autour de 3,25 %. J’ai détaillé ces chiffres dans Mon objectif chiffré.

Premier angle : l’ordre des rendements compte plus que leur moyenne

Deux personnes partent avec 600 000 € et retirent 24 000 € par an, en euros constants. Elles vivent exactement les mêmes dix années de bourse, dans un ordre différent : l’une commence par deux années à −30 % et −15 %, l’autre les subit à la fin. Le rendement moyen est identique, 2,7 % par an sur la décennie. Ensuite, toutes deux obtiennent 5,2 % par an.

Capital restant, pour 24 000 € retirés chaque année (euros constants)
0200 k400 k600 k800 k1 000 kan 0102030Krach en fin de décennie681 354 €Krach dès le départ293 850 €
Voir les données
anKrach en fin de décennieKrach dès le départ
0600 000 €600 000 €
1610 560 €403 200 €
2621 754 €322 320 €
3645 574 €328 152 €
4671 300 €349 775 €
5712 030 €390 930 €
6825 636 €403 623 €
7921 881 €409 993 €
8987 669 €416 872 €
9819 119 €416 444 €
10556 583 €415 991 €
11560 278 €412 374 €
12564 164 €408 570 €
13568 252 €404 568 €
14572 554 €400 357 €
15577 078 €395 928 €
16581 838 €391 268 €
17586 846 €386 366 €
18592 114 €381 209 €
19597 656 €375 784 €
20603 486 €370 076 €
21609 619 €364 072 €
22616 072 €357 756 €
23622 859 €351 112 €
24630 000 €344 121 €
25637 512 €336 768 €
26645 415 €329 032 €
27653 728 €320 893 €
28662 474 €312 332 €
29671 675 €303 325 €
30681 354 €293 850 €

Mêmes rendements annuels sur dix ans, dans un ordre inverse, puis 5,2 % par an. Calculs Dezoom.

Au bout de 30 ans, il reste 681 000 € à la première, 294 000 € à la seconde. Même rendement moyen, un écart de 388 000 €. Une baisse au début de la phase de retraits oblige à vendre au plus bas, et le capital vendu ne participe pas à la reprise.

C’est le vrai risque de la règle des 4 %. Il ne se gère pas avec une moyenne, mais avec une réserve qui évite de vendre pendant les mauvaises années, ou avec la souplesse de retirer moins après une forte baisse.

Deuxième angle : l’impôt ne porte que sur les gains

On présente souvent la rente nette en appliquant les 18,6 % de prélèvements sociaux d’un PEA de plus de cinq ans à tout le retrait (Meilleurtaux). C’est faux : seule la part de gains de chaque retrait est taxée.

Si les 600 000 € viennent de 150 000 € versés, les gains en représentent 75 %. Sur 2 000 € retirés par mois, il reste donc 1 721 € nets, et non 1 628 €. L’écart est modeste au début et se réduit avec le temps, puisque la part de gains du PEA augmente. Mais l’enveloppe compte : le même retrait depuis une société à l’impôt sur les sociétés supporte 31,4 % sur la totalité du dividende.

Troisième angle : une réserve de 15 % a un prix sur 50 ans

Pour traverser les mauvaises années, on recommande souvent trois compartiments : 15 % en liquidités (environ quatre ans de retraits à 4 %), 35 % en placements moins volatils (obligations, SCPI, fonds mixtes), 50 % en actions. On vit sur la réserve pendant les crises et on la reconstitue en vendant des actions quand elles ont monté.

C’est une bonne réponse au risque d’ordre des rendements. Mais c’est avant tout une allocation à 50 % d’actions. Avec 5,2 % réel pour les actions, une hypothèse de 2 % pour le compartiment intermédiaire et 0 % pour la réserve, le rendement attendu de l’ensemble tombe à environ 3,3 % après inflation.

Sur 30 ans, avec 4 % de retraits, cela suffit à faire durer le capital. Sur 50 ans, un rendement attendu de 3,3 % pour 3 % de retraits ne laisse presque aucune marge de croissance. Les études sur les très longs horizons trouvent d’ailleurs de meilleurs taux de retrait avec une part d’actions plus élevée, de l’ordre de 75 à 100 % (Early Retirement Now, résumé par CXO Advisory). La réserve achète de la sérénité ; plus elle est grosse et longue, plus elle coûte.

Ce que ça donne pour moi

Mon objectif est une rente de 2 500 € nets par mois, avec un taux de retrait de 3 %, et un horizon de plus de cinquante ans. Si je basculais aujourd’hui :

Base de calcul Capital Rente à 3 %, par mois Part de ma cible
Patrimoine net au 1er novembre 2026 448 000 € 1 120 € 45 %
Hors immobilier, société après impôt de sortie 303 000 € 760 € 30 %

Sur le papier, je suis semi-rentier à environ 30 %. C’est une façon utile de regarder le chemin parcouru : chaque palier de patrimoine se traduit en une part de revenu qui ne dépend plus de mon travail. Le calcul brut flatte : ma résidence principale ne verse rien, et la trésorerie de ma société coûte 31,4 % à sortir.